Pen Duick III, une intuition de génie

Avec Pen Duick III, Eric Tabarly prend tout le monde de court. Alors qu’il vient de gagner l’une des plus prestigieuse course en solitaire avec Pen Duick II, il se lance dans les courses en équipage avec Pen Duick III. Et lors de sa première saison il gagnera toutes les régates. Retour sur une goélette hors du commun, Pen Duick III, le plus grand voilier en aluminium jamais construit (pour l’époque).

Un voilier dans le port de Lorient
Pen Duick III un voilier hors du commun

Pen Duick III, un voilier taillé pour les courses en équipage

Lorsqu’Eric Tabarly apparaît au grand jour, il passe pour un breton taciturne et solitaire. Et c’est normal car il vient tout juste de remporter en 1964 la fameuse Ostar. En lançant la construction d’une goélette Marconi taillée pour la course en équipage, il surprend tout le monde.

Mais ce n’est pas fini, car il a une intuition, pour sa deuxième unité de course il souhaite recourir à l’aluminium, un matériau plus résistant que le contreplaqué marine. Matériau qu’il avait choisi pour la construction de Pen Duick 2.

En plus de choisir l’aluminium, Eric Tabarly souhaite que son voilier mesure 17,45 mètres de long. Et c’est ainsi qu’à son lancement Pen Duick 3 devint le plus grand voilier en aluminium jamais construit.

Un choix judicieux

La présence de deux mats sur un voilier implique une plus grande longueur de coque. Hors plus un coque est longue et plus la vitesse théorique d’un bateau est élevée. Lorsque l’on y ajoute sa légèreté, toute relative, ce voilier devient un navire rapide. Surtout aux allures portantes, la légèreté du voilier couplé à une voilure généreuse font de Pen Duick 3 un redoutable concurrent. Le voilier peut atteindre les 15 noeuds dans la brise, ce qui ne laissera aucune chance à ses concurrents lors de la saison de 1967.

Mais comme souvent, le véritable secret de Pen Duick trois ne se situe pas au-dessus mais plutôt sous la ligne de flottaison. En effet plus de la moitié du poids du voilier provient de son lest. Cela lui confère une raideur à la toile exceptionnel. Surtout lorsque l’on envoie tout l’équipage au rappel.

La raideur à la toile est la capacité du voilier à transformer la puissance du vent en vitesse sur l’eau. Si le bateau n’est pas assez lourd, il va encaisser le vent et partir à la gite. On peut alors constater que le voilier dérape et qu’il subit le vent. Lorsque le bateau a un lest suffisamment important, et que l’équipage est au rappel on va pouvoir observer un navire qui tend à accélérer au gré des risées.

Le palmarès de Pen Duick 3 avec Eric Tabarly

En 1967, Eric Tabarly raflera toutes les courses en équipage avec un équipage peu expérimenté. C’est sans doute avec Pen Duick 3 qu’il s’imposera comme un skipper de renom.

– 1er de la course de sélection pour l’Admiral Cup

Les 10 et 11 juin 1967, à Saint Malo, Pen Duick III terminera premier des deux régates. Il sera donc sélectionné pour les régates de l’Admiral Cups. Pour rappel, l’Admiral Cups est une course qui se déroule tous les deux ans. Elle est considérée par beaucoup comme étant le championnat du monde de course au large. Aujourd’hui le format de course de l’Admiral Cups a été repris par la Commodore’s Cup.

– 1er de la Morgan Cup, Porthsmouth – Cherbourg – Porthsmouth

Le 16 juin de la même année, Eric Tabarly remportera en classe I et II cette course qui impose aux concurrents de traverser la Manche dans les deux sens.

– Vainqueur de la Gotland Race

Lorsque Eric Tabarly présente son voilier sur la ligne de départ de la Gotland Race, ce n’est pas pour faire de la figuration. Sur le parcours Sandham – île de Gotland – Sandlham il s’imposera sur la ligne d’arrivée le 4 juillet 1967 en classe I.

– Vainqueur toutes catégories sur la Channel Race

Le 2 août 1967, Pen Duick III et Eric Tabarly affichent une fois de plus leur suprématie sur le reste de la flotte. L’équipage commence à être au point et cela se ressent. Une belle victoire pour se préparer à une terrible course, le Fasnet.

– La « double victoire » de la mythique course du Fastnet

Le 10 août 1967, Eric Tabarly et son équipage réussissent un exploit, ils remportent la course en temps réel et en temps compensé. Aucun appel n’est possible, les participants sont dégoutés devant l’hégémonie des français. Les organisateurs du RORC changeront le règlement concernant la jauge dès le 1er janvier 1968 et ce dans le seul but de pénaliser Pen Duick 3.

– Vainqueur dans la Plymouth la Rochelle

– Premier sur la course la Rochelle – Bénodet

– 1er sur le tour de l’île de Groix

Après quelques victoires sur les côtes françaises, Pen Duick III part vers l’hémisphère sud. Et là il s’attaque à l’un des monuments de la course au large. La fameuse Sydney Hobart, une course mythique entre la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande.

– Vainqueur de la Sydney-Hobart en temps réel

En cette fin d’année 1967, Pen Duick III s’élance dans la Sydney Hobart. Le départ eu lieu le 26 décembre de Sydney. Tout s’annonçait bien pour Pen Duick III qui fit la course en tête, mais au quatrième jour, Tabarly et son équipage sont forcés de mouiller à 45 milles nautiques de l’arrivée. Résultat, Pen Duick III perdra de précieuses minutes. Le 30 décembre 1967 Pen Duick III s’imposera donc en temps réel mais devra céder la première place en temps compensé au voilier Rainbow.

La fiche technique de Pen Duick 3

La goelette pensée et imaginée par Eric Tabarly
Pen Duick 3 à la cité de la voile à Lorient

Longueur : 17,45 mètres (longueur à la flottaison: 13 mètres)

largeur maximale (maître-bau): 4,21 mètres

Tirant d’eau : 2,75 mètres

Déplacement: 13,5 tonnes – poids à vide: 12,2 tonnes

poids du lest : 7,5 tonnes (soit 60 % du poids du navire)

Voilure au près : 152 mètres carrés

Voilure au portant : 320 mètres carrés

Lancement du voilier : 1967

Chantier naval : chantiers de la Perrière (trois Pen Duick seront construits dans ce même chantier de Lorient)

crédits photos: Yann Ve