Voyage interdit dans les forêts des Vosges

Voyage interdit dans les forêts maudites des Vosges
Voyage interdit dans les forêts maudites des Vosges

Les légendes concernant les forêt des Vosges sont nombreuses mais la réalité dépasse de loin la fiction. Maladies, guerres, tragédies, les forêts vosgiennes réservent bien des surprises et des histoires qui confèrent au cauchemard. On est bien loin des légendes de la cascade du Nideck et de celles des ruines de l’abbaye de Niedermunster ou de la soit-disante forêt du Hohlandsbourg. Derrière les jolis paysages se cachent parfois les plus terribles souvenirs. Voici l’histoire des forêts maudites des Vosges.

Sur les routes des Vosges en automne
Sur les routes des Vosges en automne

Les forêts maudites des Vosges

La forêt des Vosges en automne
La forêt des Vosges en automne

1. La grande guerre et la ligne bleue des Vosges

L’un des faits les plus marquants de l’histoire des Vosges est sans nul doute le nombre de batailles incalculables qui s’y sont déroulées. La guerre 14-18 a malheureusement également eut lieu dans cette partie de l’Est de la France. On appelait les batailles qui y avaient lieu : le front de Vosges. Un ligne de combat qui s’étiraient entre le col du Donon au nord et le Grand Ballon d’Alsace au sud.

Les principaux champs de batailles encore ouvert au public sont pour la zone nord du front des Vosges : le col de la Chapelotte, la Roche Mer Henry située à 666 mètres d’altitude. Et puis il y a le col de la Chipotte sans oublier le sommet de la Fontenelle. Tous ces champs de batailles se trouvent dans le département éponyme (88).

Pour la zone sud du front, les champs de batailles les plus impressionnants et encore visibles se trouvent à la tête des Faux, au champ du Linge (commune d’Obey) mais aussi à Sainte-Marie-aux-Mines, à la tête du Violu et à l’incontournable Champs du Viel Armand (Hartmannswillerkopf). Tous ces champs de batailles se trouve dans le département du Haut-Rhin (68).

Des tranchées sur le massif des Vosges

Le front des Vosges est le seul front de montagne de la première guerre mondiale. Ici les hôpitaux étaient aménagés dans des grottes. Avec le froid pendant l’hiver les conditions de vie étaient tout simplement terribles. Mais l’histoire aura principalement retenu de ces combats fratricides « le bleu de la ligne des Vosges« .

A titre d’exemple il y aura entre le 28 août 1914 et le 9 septembre 1914 près de 4000 morts (uniquement du côté français) au col de la Chipotte. Les Poilus surnommeront alors cet endroit le trou de l’enfer.

39-45 au cœur de l’enfer

La ligne de chemin de fer par laquelle les déportés transitaient vers le Struthof
La ligne de chemin de fer par laquelle les déportés transitaient vers le Struthof

Tous les camps de concentration et d’extermination se trouvaient en Allemagne, en Autriche, au Pays-Bas et en Pologne.  Tous sauf un. Dans le nord du massif Vosgiens, au pied du Donon se trouvait le camp de concentration du Struthof. Avec l’installation de ce camp et de ses annexes, la forêt des Vosges allait définitivement connaître ses pires heures. Un camp de concentration qui flirtait avec l’extermination. On estime à 52 000 déportés le nombre de personnes qui ont été amenées de force dans ce camp et 22 000 d’entre eux y sont morts.

Le Stuthof ou camp de Natzweiler

Lorsque le camp KL Natzweiler est ouvert le 1er mai 1941, les détenus devaient officiellement travailler pour l’armée SS ou pour les usines de l’industrie de guerre nazie. Ce camp de concentration se situe à quelques encablures de la ville de Schirmeck. Il fût construit à quelques 800 mètres du mont Louise, au sud du Col du Donon.

Mais très vite les choses dégénèrent puisque des expériences médicales vont être menées sur les détenus, par des professeurs de l’université du Reich de Strasbourg.

Des éxécutions sommaires

Ensuite le camp de concentration devient un lieu d’exécution pour les condamnés à mort. Des décisions administratives sont prises pour fusiller (peloton d’éxécution), abattre (exécution sommaire) ou pendre. Certaines de ces exécutions ne font l’objet d’aucune formalité et les mises à mort ne suivent aucune régle. Les personnes concernées sont en premier lieu les détenus eux-mêmes, mais on retrouve parfois des personnes arrêtées sont amenées manu militari pour y être tuées sans avoir même été enregistrées ou fait l’objet d’une formalité quelconque. En d’autres termes les exactions commises au Struthof répondent véritablement en tout point à une logique barbare et génocidaire. Difficile dans ces conditions de se rendre compte de l’ampleur du nombre de morts dues à ces seules mises à mort. Certains historiens estiment qu’il y aurait eu plus de 400 personnes fusillées, abattues ou pendues.

une chambre à gaz installée au Struthof

Mais c’est en août 1943 que le camp de concentration de Natzweiler bascule dans l’horreur absolue puis qu’à partir de ce moment là une chambre à gaz y est installée. A ce moment précis le Struthof pourrait presque être classé dans les camps d’extermination. Une chose est sûre « ce camp de concentration est passé sous les radars de l’histoire ». (source: article du Monde, 24/11/2021, par Marie-Béatrice Baudet)

Les derniers prisonniers du Struthof, un camp de la mort sur le territoire français

Lorsque les soldats américains arrivent sur le complexe du camp, ils découvrent avec stupeur des barraquements et des lieux de détention vides. Malgré l’absence de détenus, ils mesurent très vite en tant que militaire l’horreur absolue de ces lieux. On est très loin des conventions de Genève.

Avant leur arrivée, les SS ont décidé trois choses concernant les déportés. Tout d’abord les 2 et 4 septembre 1944, ce seront 5 518 prisonniers qui seront chargés dans des trains à destination de Dachau. Puis le 20 septembre 1944 se seront très précisément 401 déportés qui suiveront le même chemin. Devant l’avancée inéluctable des alliés, les SS, gardiens du camp quitte le Struthof avec les derniers détenus.

Les passeurs du Donon

Le monument des évadés et des passeurs du col du Donon
Le monument des évadés et des passeurs du col du Donon

Toujours pendant la deuxième guerre mondiale le massif des Vosges deviendra le théâtre d’une tragédie humaine. Tout d’abord à partir du 10 mais 1940 des dizaines de milliers d’hommes évadés des camps de prisonniers ou voulant fuir le STO vont tenter de passer la ligne de démarcation vers la zone libre ou la Suisse. Entre les villes de Salm et Moussey en passant par la vallée de la Bruche et le massif du Donon.

La catastrophe de Tchernobyl plane sur les forêts vosgiennes

Quelques décennies après la catastrophe de Tchernobyl, la radioactivité serait bien toujours présente sur les massifs français. Vosges, Jura, Alpes du Sud et Corse à ce jeu là aucun massif de l’Est de la France ne serait épargné. Une dépêche de l’AFP mentionnait en 2016 que l’IRSN (l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) avait relevé des taux de Césium 137 qui étaient jusqu’à 8 fois supérieur à la moyenne des sols français.

La radioactivité n’est pas présente partout. Elle se concentre par endroit un peu à la manière des tâches noires que l’on retrouve sur le pellage de la panthère.

Les premières denrées touchées sont toujours le gibier, les champignons ainsi que les baies sauvages. Le lait provenant de ces régions aurait également tendance a être plus touché par ces radionucléides que dans le reste de la France. Ces denrées agissent donc comme de véritables bio révélateurs, néanmoins les risques seraient selon les autorités négligeables. Néanmoins ces mêmes autorités considéraient que’un habitant vivant sur les zones les plus touchées de l’Est de la France devrait recevoir une dose moyenne de 37 microsieverts par an contre 5,4 microsieverts par an pour un habitant résidant ailleurs sur le territoire français. Pour les personnes consommant les denrées sensibles à la radioactivité (bio révélateurs) ce taux pourrait monter à 80 microsieverts par an. Et voir même jusqu’à 570 microsieverts par an pour de gros consommateurs de champignons et de gibiers (ce qui correspondrait à deux repas par semaine contenant des denrées sensibles à la radioactivité).

sources: France 3, info TV, article du 25/04/2016 & Tchernobyl 30 ans après, impact de l’accident, 1986 – 2016, IRSN –  République Française

La maladie de Lyme

Tous les vosgiens vous le diront, la calamité des forêts vosgiennes ce sont les tiques. Un parasite qui attend le promeneur ou les animaux au bout d’un branchage et qui pénètre dans la peau derrière le genou ou vers les aisselles afin de sucer le sang de sa victime pendant près de 48 heures. Hors pendant cette période il arrive qu’une tique transmette une maladie infectieuse non contagieuse, la maladie de Lyme.

En 2019, on a ressencé en France près de 50 000 nouveaux cas concernés par la maladie de Lyme. Néanmoins une piqûre de tique ne veut pas forcément dire transmission de la maladie. En effet on estime qu’environ 15% des tiques seraient porteuses de la bactérie Borrelia burgdorferi sensu lato.