Quelque part dans le sud de la Norvège

Les selfies font désormais plus de morts que les attaques de requin

Lorsque j’étais enfant, mon grand-père me racontait souvent à mon frère et à moi l’histoire de Narcisse, un personnage de la mythologie grecque. Un jeune homme qui passait à regarder son reflet dans l’eau. A force de se regarder dans le reflet de l’eau, il tomba amoureux de sa propre image. Puis à force de courir après sa propre image, il finit par tomber dans un lac et y perdre la vie. Lorsque l’on s’intéresse au phénomène des morts par selfie on ne peut s’empêcher de constater que depuis la mythologie grecque l’homme est toujours confronté aux mêmes turpitudes. Et en 2000 ans d’histoire les choses n’ont pas vraiment évolué, nos smartphones d’aujourd’hui sont les lacs d’hier.

Les morts par selfies toujours en augmentation 

Il y a quelques temps déjà un le JFMPC, une revue médicale indienne évoquait un chiffre qui depuis a été largement repris dans la presse. Entre octobre 2011 et novembre 2017, le Docteur Agam Bansal a recensé 259 morts par selfies. L’âge moyen des « victimes » était de 23 ans et il notait également que les trois quarts des victimes étaient des hommes. 

Ces décès était liés à des prises de risques inutiles pour tenter de faire des clichés les plus virales possibles. Résultat en étant trop concentrés sur l’écran que sur le danger les « Narcisses du XXI ème siècle » perdent la vie.

Les morts par selfie plus nombreux que les attaques de requins

Lorsque l’on regarde les statistiques, on remarque qu’il y a environ 6 morts par an. Les morts par selfies se montent quant à eux à 43 morts. Il y a donc un rapport d’un à cinq.

Encore une fois nous voilà confronté à un grand classique qui n’est autre que la gestion de nos peurs. Nous avons peur de prendre l’avion alors que la majorité des morts dans les transports concernent les voitures, les piétons et les motards.

En France on avait par exemple 3 259 morts en 2018 sur les routes. Et absolument personne n’a peur en montant en voiture mais tout le monde à peur des requins. Et c’est exactement ce qu’il se passe avec les selfies. 

Les attaques de requin à la loupe

Lorsque l’on s’intéresse au nombre de victimes des requins dans le monde, on s’aperçoit qu’il y a tout d’abord un très grand nombre d’attaque. Entre 2005 et 2014 on a par exemple répertorié 701 attaque (cf : international shark attack file). Mais seulement 44 d’entre elles ont été mortelles.

Les endroits les plus dangereux sont l’Australie avec 15 morts recensés sur une période de 10 ans. Puis vient ensuite l’Afrique du Sud et 13 morts. Et sur la dernière marche du podium, c’est l’île de la Réunion où il y a eu 6 morts (entre 2005 et 2014).

En ce qui concerne les attaques, c’est tout d’abord la Floride qui arrive en tête avec 219 attaques (pour seulement 2 morts), puis l’Australie avec 123 attaques (dont 15 attaques mortelles). Vient ensuite l’archipel d’Hawaï avec 55 attaques sur 10 ans dont seulement une seule fut mortelle et l’Afrique du Sud avec 40 attaques dont treize d’entre elles furent mortelles.

 

Les pays où les selfies font le plus de morts

En première place du nombre de morts par selfie on trouve l’Inde avec 159 décès en 6 ans, ensuite la Russie puis les Etats-Unis.

Concernant l’Inde il reste difficile de tirer des conclusions. Néanmoins dans un pays où l’on a vendu près de 800 millions de téléphones c’est logique de retrouver l’un des pays les plus peuplés du monde en tête du classement.

Par contre les russes ont longtemps été les champions de l’escalade de bâtiments urbains. C’est pour cela que l’on retrouve ce pays en tête des morts par selfies.

Concernant les Etats-Unis il faut reconnaître que l’exhibitionnisme est plus répandu. Cette réflexion peut paraître certes un peu déplacée. C’est pourtant la photographe américaine Jane Evelyne Atwood qui tire ce constat dans l’émission de Brigitte Patient sur France Inter le 29 juin 2019. Il est quasiment impossible pour elle de photographier un accouchement en Europe. Alors qu’aux Etats Unis cela ne pose aucun problème aux femmes.

L’exhibitionnisme et la recherche d’une certaine popularité qui sera irrémédiablement monétisée, restent donc le moteur de ce genre de prise de risque.

 

crédits photos: Yann Ve