Nous sommes le 1er juillet 1720 et un bateau se présente devant le port de Marseille. Et le Grand Saint-Antoine, un 3 mâts qui n’aurait jamais dû rentrer dans le port, va changer la face du pays. Et nous allons vous expliquer pourquoi.

Le Grand Saint-Antoine, la mise en place d’une tragédie

Le Grand Saint-Antoine était un splendide 3 mâts qui effectuait du transport de marchandises au XVIII ème siècle. En cet été 1720, le navire revenait chargé de tissus et de la soie en provenance d’extrême Orient. Cette marchandise avait récupéré par un navire français dans le port de Tripoli de Syrie. Cette marchandise devait être livrée à Marseille pour la grande foire commerciale de Beaucaire.

Tout commence donc en juillet 1719, le Grand Saint-Antoine part pour une cargaison en Syrie où sévissait la peste.

Pendant le voyage du retour 5 turcs (marins ou passagers) embarquèrent à Chypre. L’un d’entre eux décéda rapidement. Puis ce fût 7 autres marins qui perdirent la vie à bord. Le doute n’est plus permis, la peste est à bord du navire, ce qui signifie qu’il y a de grandes chances pour que le bateau soit mis en quarantaine. Ce qui pourrait donc, à terme, d’être une sorte de peine de mort pour tout les membres l’équipage. Et lorsque le docteur du bord perd la vie, c’est la panique à bord. Il y a déjà 9 morts et un dixième matelots vient de tomber malade. La peste est à bord.

Le capitaine du navire, Jean-Baptiste Chataud, décide alors de se calfeutrer à l’arrière du navire. Puis il tente de mettre au point une stratégie pour pouvoir débarquer à Marseille.

Autre point non négligeable, il amène à Marseille des tissus précieux qui sont très attendus pour la foire commerciale qui se déroulera pendant l’été 1720. Le capitaine pourra donc compter sur l’appui politique des armateurs du navire de commerce. En effet, à la revente, la valeur des marchandises avoisinaient les 100 000 écus. Ce qui représenterait aujourd’hui plusieurs dizaines de millions d’euros.

La peste, une maladie issue du Moyen-Âge

Cette maladie terrifia les populations du Moyen-Âge. En cause la puce du rat noir était à l’origine de la maladie. Ensuite le rat « colportait » la maladie de port en port, puis de ville en ville.

Pour éviter cette transmission de la maladie les navires devaient montrer « patte blanche » avant de rentrer dans les ports. Les capitaines devaient présenter une patente nette. Elle certifiait l’absence de la peste. Mais il existait deux autres patentes, la patente soupçonnée et la patente brute.

patente nette : absence de peste

la patente soupçonnée : présence d’une possible contamination

patente brute : le navire provient d’un port touché par la peste ou déplore la mort d’un membre de l’équipage

Et le Grand Saint-Antoine entra dans le port de Marseille

Vers le milieu du mois de mai 1720 le navire est de retour devant le port de Marseille, les autorités hésitent.

Lors de sa dernière « escale » au port de Livorno en Italie, le capitaine se fait établir une patente nette. Les italiens ont compris l’urgence dans laquelle se trouve le navire, néanmoins ils ne souhaitent pas s’encombrer d’une telle affaire. Pour les autorités du port de Livourne plus vite le navire sera parti et mieux ils se porteront. Les autorités du port décernent donc une patente nette. Néanmoins on dit que sur ce certificat, était mentionné tout de même un cas de peste à bord…

Devant l’incompréhension de la situation, il fût donc décidé une quarantaine légère vers les îles du Frioul. Pendant 20 jours, le navire va rester au large de Marseille et ce afin d’effectuer une petite quanrantaine. Et puis le 1er juillet 1720, le navire et son sinistre secret entrèrent dans le port de Marseille.

Les marchandises furent déchargées et la peste fit son apparition dans la ville de Marseille. Cette épidémie fit plus de 120 000 morts et les autorités construisirent deux murs au nord des actuelles Bouches du Rhône afin de cantonner l’épidémie à cette partie de la France.

L’épidémie de la grande peste de 1720

Le 30 juillet, l’épidémie de peste est déclarée, on dénombre 40 morts par jour. Le 9 août 1720, c’est 100 personnes qui meurent. Et le 15 août la ville de Marseille enregistre 300 morts. Mais à partir du 30 août la peste provoque 1 000 morts par jour.

Vers la mi-septembre toute entrée et toute sortie de la ville de Marseille est interdite. Le 21 septembre on observe une décrue de la mortalité liée à la peste, il y a 400 mort par jour. Le 26 septembre 1720, le navire et les étoffes sont brûlés non loin de l’île de la Jarre. Mais c’est bien trop tard, le bacille de la peste s’est déjà introduit à terre.

A partir du début octobre l’épidémie recule nettement et à la fin du mois de novembre 1720 on n’enregistre que 2 à 5 morts par jour. Le foyer de la peste est en train de s’éteindre. Mais la peste aura fait plus de 120 000 morts et se sera étendue au Languedoc.